Le projet repose sur une analyse fine du contexte paysager et historique des deux parcs en relation avec le château. Il reconnaît la lente stratification des évènements ayant conduit à la situation actuelle, de la butte originelle dans le Parc du Château aux plantations plus ornementales des terres exondées du Parc du Lac, en passant par le passage offert par Gustave de Blonay sous la digue ferroviaire nouvellement construite. Cette compréhension de la façon dont le site s’est façonné à travers le temps fait émerger des permanences sur lesquelles se fonde le projet.
Dans le Parc du Château, la proposition rend hommage à l’héritage culturel des seigneurs de Grandson à travers une évocation de pratiques et traditions médiévales. Le sommet de la butte devient une rotonde végétale où l’on récite et écoute. Le Petit-Grandsonnet remis à ciel ouvert révèle la topographie subtile du vallon et forme le fi l conducteur des aménagements. Le long du mur longeant le chemin du Château, une succession de pavillons et jardins de simples accueille les di érentes fonctions jusqu’à la serre réhabilitée. Un chemin en pente douce conduit à la partie plane du parc, évoquant la lice où se déroulaient les joutes, qui pourra notamment être dédiée au tir à l’arbalète.
Dans le Parc du Lac, le projet met au jour une arborisation ponctuellement moins naturelle qu’attendue : les ifs, présents en grand nombre à proximité du chemin du Lac, forment un ourlet sombre à l’entrée du parc, tandis que de grands platanes ponctuent la forêt qui semble avoir pris le dessus dans un second temps. Le cheminement en bois surélevé sinue sous les ifs dont il révèle la présence, puis rejoint une chambre de verdure dégagée sous un des plus grands platanes, avant de relier une plateforme et un ponton d’accès à l’eau. Le chemin délimite naturellement les dfférentes parties du parc : îlot de sénescence à l’ouest, divagation du Petit-Grandsonnet à l’est et rives renaturées.
La liaison entre les deux parcs tire elle aussi parti du déjà là, en proposant, d’une part, l’élargissement du passage sousvoies existant au bas du chemin du Château et, d’autre part, un franchissement ludique prolongeant l’ouvrage maçonné (mur de braie et tourelle) enjambant d’ores et déjà la voie de chemin de fer. Le premier permet, par une reconfiguration minutieuse de l’espace, d’assurer le passage des personnes à mobilité réduite et présente l’avantage de profiter également aux usagers du chemin du Château. Le second fait le choix de s’affranchir de l’exigence d’accessibilité universelle et de proposer une expérience qui complète la visite du château d’une manière à la fois respectueuse du patrimoine bâti et forestier et contemporaine dans sa pratique.
Le Collège d’experts salue la richesse du discours qui soustend l’ensemble de la proposition. La référence à l’époque médiévale donne de l’épaisseur au projet et est utilisée de manière cohérente et fertile, et s’articule bien avec des usages contemporains et la notion de patrimoine vivant.
Dans le Parc du Château, le projet apporte une réelle plus-value par rapport à l’état actuel, en termes tant d’aménagement que d’usages. L’accompagnement du mur d’enceinte par une succession de pavillons et jardins disposés en terrasse introduit une échelle quasi domestique dans la pratique des lieux. La valorisation de la butte boisée comme chambre végétale, la diversité des situations et cheminements adressés à des publics et occasions variées, le détournement du mur en gabions comme support à de nouveaux usages (tonnelle, tir à l’arbalète, etc.), le traitement fin des articulations aux entrées du parc grâce à la création de placettes autour du nouveau pavillon et de la serre ont convaincu le collège d’experts. La finesse du vocabulaire architectural permet d’affirmer la contemporanéité des interventions sur le bâti tout en se faisant le plus discret et peu invasif possible.
Dans le Parc du Lac, la révélation de l’histoire du lieu à travers sa composition arborée est très appréciée. Le dispositif simple de cheminement permet de cadrer les usages sans débauche de moyens. Il constitue une base pour la définition des espaces de pause, de promenade et contribue à la diversité des espaces de contemplation. Le maintien des possibilités très prisées de baignade devrait pouvoir se faire dans des conditions respectueuses des espaces de forêt et de rives renaturés.
Le collège d’experts relève que les différentes étapes des MEP ont permis d’affirmer le parti concernant la liaison entre les deux parcs. A travers les échanges qui ont eu lieu à l’occasion des dialogues, la solution s’est peu à peu clarifiée.
Si l’option d’une reconfiguration du passage sous-voies existant au bas du chemin du Château est jugée très prometteuse tant pour les visiteurs du château que pour la population de Grandson, sa réalisation représente un défi sur le plan opérationnel. D’une part, les CFF, consultés comme spécialistes-conseils, ont fait part des contraintes concernant sa faisabilité technique et financière. D’autre part, cette solution engage également la commune en tant que propriétaire du domaine public. Le collège d’experts estime toutefois que cette option a pleinement son sens si l’on considère l’intérêt général et mérite dès lors que l’ensemble des partenaires s’attelle avec la plus grande détermination à sa concrétisation.
La proposition de relier la terrasse sud du château au Parc du Lac par une structure ludique en pont de planches est à la fois audacieuse et peu invasive voire réversible. A ce titre, le collège d’experts estime qu’elle répond de manière astucieuse au besoin accru de lien entre le château et le bord du lac, qui s’exprime ici sous une forme peu impactante pour le monument tout en offrant une attractivité pour les visiteurs. La clarté et l’anticipation de la signalétique pour les usagers, de même que la gestion des accès hors des heures d’ouverture seront particulièrement importants pour le succès de l’installation.
Enfin, concernant la Place du Château, la restructuration de la place par les traces des fortifications successives est une piste intéressante pour faire de cet espace un lieu rassembleur. L’apport d’arborisation généreuse mais différenciée selon les sous-espaces offre des possibilités d’appropriations tout en maintenant un dégagement vers le monument.
D’une manière générale, le collège d’experts souligne la grande sensibilité du projet OTHON & ISABEL à l’égard du site et de son histoire ainsi que la justesse de la réponse à un programme plus complexe qu’il n’y paraît au premier abord. Il est convaincu que sa réalisation ouvrira un cadre à la hauteur de la valeur du château de Grandson et des efforts consentis pour sa réhabilitation, pour le bonheur tant des visiteurs que de la population de Grandson.
Extrait du rapport du collège d’expert