Un lieu, un village, comprend plusieurs strates, plusieurs niveaux de proximité et de lecture. On peut y passer, transiter, y vivre. On peut s’y arrêter pour profiter de ses paysages, de ses jeux de lumière, de ses odeurs, ou simplement pour aller à la rencontre de ses habitants.
Le village d’Hérémence, lui, organise naturellement ces différents rythmes avec sa structure ‘’en peigne’’ qui suit les courbes de niveau et définit des seuils : la route principale, la R55, traverse le village du nord au sud, adaptant le terrain à l’aide de murs de soutènement et de socles semi-enterrés. Des routes secondaires s’y connectent au fil du tracé et desservent les quartiers d’habitations en périphérie du coeur historique. Hérémence est un lieu vivant, structuré non seulement par l’église mais aussi par plusieurs autres polarités, comme les commerces, les aires de jeux ou les placettes ouvertes sur le paysage qui s’unissent et interagissent.
Chaque étape nous livre différents visages du village et de ses espaces publics. D’une perception paysagère large et ouverte sur la vallée, le visiteur est amené petit à petit à ralentir et pénétrer les rues étroites du cœur historique. L’approche est enrichie par ce ralentissement du rythme et de nouvelles caractéristiques sont révélées, comme la finesse des limites entre espaces publiques et privés. Hérémence dévoile alors toute sa poésie, avec son imbrication de mazots, de placettes, de terrasses, de fontaines et d’arbres fruitiers.
Le projet ‘’au rythme d’Hérémence’’ cherche à retranscrire cette perception de différents rythmes, au moyen des revêtements de sol plus ou moins lisses ou rugueux, que l’on nomme « granulométries », au nombre de trois : l’enrobé bitumineux, le pavage et le gravier.
En parallèle de ces trois granulométries, un travail est effectué sur les abords de la RC 55, caractérisés par un certain nombre de terrasses dans la pente. Ces espaces publics subissent aujourd’hui la politique du « tout-voiture » et sont perçu comme une dilatation de celle-ci. Le projet cherche à retourner la situation et mettre l’accent sur les terrasses avec comme objectif de réduire voire oublier la présence de la route. Plusieurs lieux ont un fort potentiel de requalification pour agrémenter cette traversée du village.
Premièrement, la Place des Emigrés doit mettre en valeur sa situation de balcon au carrefour de la RC55 et du chemin historique reliant les deux hameaux. Le balcon est retravaillé avec une forme arrondie pour lui donner un air contemporain en dialogue avec les balustrades du Café du Lac des Dix. Ensuite, la Place devant l’église, doit permettre aux automobilistes de stationner brièvement pour visiter l’église. Quant à la Place en contrebas de l’église, elle offre un lieu calme propice aux arrêts plus longs.
De la traversée de village à l’interstice, le projet vise à caractériser les espaces, à les structurer pour les faire participer à un ensemble. L’enjeu est donc de dessiner ces surfaces, leurs limites, leur ampleur, de définir leur grain et de les faire se joindre, coïncider puis s’éloigner. L’espace public en devient plus palpable et généreux. Par contraste, chaque lieu renforce ses caractéristiques, ce qui créé une plus grande diversité d’ambiances qui peut bénéficier au piéton.
Du point de vue programmatique, des propositions sont faites pour la toiture de parking, où l’installation de logements renforcent l’infrastructure. L’office du tourisme est déplacé sur la place des Emigrés, qu’il redimensionne à sa juste échelle, et libère son emplacement actuel. Un nouveau cheminement en balcon sur les Pyramides d’Euseigne constitue un aménagement original valorisant l’entrée Sud du village et le seuil de la Route de la Lé plongeant vers le cœur historique.