Situé au pied des versants abruptes de la rive sud du Léman, le village frontalier de Saint-Gingolph est un lieu de passage-clé pour le trafic international. Les voies de circulation routière et ferroviaire ont transformé sa morphologie. D’importants ouvrages de soutènement sont sortis de terre pour permettre le passage de la ligne du Tonkin, reliant St-Maurice à Evian. Qui dit murs dans la pente, dit replats en amont et en aval: de grands plateaux se sont dessinés simultanément à ces nouvelles voies de circulation, sortes de grandes terrasses offrant des dégagements sur le grand paysage, mais provoquant aussi des ruptures dans les parcours piétons entre le lac et le coteau habité. La route cantonale est également vécue comme une césure en plein coeur du village, s’ajoutant à celle générée par la frontière, perpendiculairement.
Aujourd’hui, avec l’augmentation du trafic frontalier (10’000 véh./j) générant des bouchons quotidiens, le renforcement de la présence douanière, l’interruption de la ligne du Tonkin entre Evian et St-Gingolph, le village a tourné le dos à cet axe qui l’a fait vivre pendant des décennies. La vitrine que constitue la route internationale est peu flatteuse pour le village et n’incitent pas les visiteurs et frontaliers à s’arrêter à Saint-Gingolph. De même, la politique du tout-voiture a affecté l’espace public gingolais à proximité de ces axes de transport. Il en résultent également des parcours longitudinaux inhospitaliers.
La hiérarchisation et la réorganisation des mobilités dans l’espace est à la base des réflexions pour restructurer ensuite l’espace public gingolais. L’amélioration des infrastructures existantes (gares ferroviaire et routière, débarcadère), permettront de répondre aux besoins croissants de la mobilité transfrontalière. Ces nouvelles centralités modales doivent résonner à l’échelle du village et du territoire.
Le projet met en place une série de mesures d’aménagement au coeur du village, visant à rétablir les liaisons piétonnes verticales et longitudinales interrompues par la route et le rail, ainsi qu’à requalifier l’espace public de part et d’autre de la route. La perception de différents seuils à l’approche du centre urbain initie un projet sur le thème du rythme (topographie, granulométrie des matériaux, volumétries végétales, ouvertures, fermetures).
Il s’appuie sur une série de perceptions filmées durant la phase d’analyse du site et nommée les « sensations gingolaises » . Elles évoquent une série d’ambiances ressenties à l’approche du village : traverser la végétation, longer les versants abruptes, profiter d’une percée sur le lac, cheminer sur la crête, s’attarder sur un replat, appréhender la puissance de la Morge, etc.
Il s’agit de valoriser, retrouver, évoquer ou prolonger ces ambiances sur les parcours piétons, cyclables et routiers, reliant la montagne au lac, et Bouveret à Evian. Valoriser ou recréer ces ambiances, c’est requalifier les routes, rues et chemins existants en véritables promenades paysagères. Elles font se rencontrer paysage, mobilités, espaces libres et usages.
Chacune de ces promenades paysagères connaît un changement de rythme, à l’approche du village. Le projet s’intéresse particulièrement à ces séquences : le visiteur doit se sentir guidé et accompagné depuis les portes du village jusqu’à son centre. La topographie naturelle du village est révélée, la topographie artificielle en terrasses est soulignée. Les situations de surplomb (sur le lac) ou de contre-plongée (sous les montagnes) sont mises en exergue.
Un fil conducteur est établi, nommé « lien blanc ». Sa dimension, sa forme et sa matérialité s’adaptent au lieu: d’une banquette, il devient chemin, quai ou place. D’un revêtement lisse, propice à la déambulation, il peut revêtir une certaine granularité, ralentissant le piéton devant un paysage ou une activité. L’idée est de constituer un liant entre les espaces publics, les axes de mobilité, les quartiers d’habitations et les centres d’activités.
La requalification paysagère de la rue commerçante, la construction d’un parking souterrain pour libérer le plateau de la gare du stationnement, la réinjection d’usages pour la population locale et le tourisme et le soin apporté à l’accueil des visiteurs de passage, font partie des mesures qui permettront de redynamiser ce coeur du village, véritable perle au bord du Léman.